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ALLAIN Carine

ALLAIN Carine

Co-fondatrice de ACTE et SENS. Auteure et Clairvoyante.


Pulsion et morale : quand l’inconscient brouille les cartes

Publié par Carine Allain sur 26 Août 2026, 00:58am

Il existe une différence importante entre comprendre ce que l’on vit et être réellement en contact avec ce que l’on vit.

Nous pouvons analyser une situation, chercher ses causes, expliquer nos réactions et pourtant rester éloignés de notre propre expérience.

Dans les modèles structurels inconscients, cette distinction devient essentielle. Car une partie de nous peut ressentir quelque chose pendant qu’une autre l’observe, l’interprète ou le juge.

Et lorsque ces différentes dimensions ne vont pas dans le même sens, l’expression de notre individualité devient souvent l’un des endroits où cette contradiction apparaît le plus clairement.

« La connaissance de soi ne consiste pas seulement à comprendre ce que l’on vit. Elle naît de ce que l’expérience nous apprend de nous-mêmes. »

Quand l’auto-analyse éloigne de l’expérience

Nous avons appris à expliquer ce que nous faisons, ce que nous ressentons et pourquoi nous agissons ainsi.

Cette capacité est utile. Mais lorsqu’elle devient permanente, elle peut créer une forme de distance avec soi.

Nous ne vivons plus seulement une situation : nous l’extrayons immédiatement de notre expérience pour l’observer.

Pourquoi ai-je ressenti cela ?
Qu’est-ce que cela dit de moi ?
Est-ce normal ?
Est-ce bien ou mal ?

Le vécu devient alors une sorte de dossier à analyser.

Or une expérience ne se réduit jamais à ce que nous pouvons en raconter. Elle comprend aussi le contexte, les sensations, les mouvements et les choix, l’histoire personnelle et parfois des contradictions que le mental ne peut pas immédiatement résoudre.

Le problème commence lorsque l’analyse devient plus importante que l’expérience elle-même.

De l’analyse au jugement moral

À ce niveau apparaît la morale.

La morale ne dit pas seulement ce que nous voulons. Elle nous indique aussi ce que nous pensons avoir le droit de vouloir.

Elle fonctionne autour de catégories simples :

bien ou mal, acceptable ou inacceptable, permis ou interdit.

Cette structure morale peut être profondément intériorisée. Elle peut venir de l’éducation, du regard parental ou d’un ensemble de représentations construites très tôt.

Au niveau profond des désirs, elle peut alors entrer en conflit avec une autre dimension : la pulsion.

« La morale répond à la question : est-ce bien ou mal ? La pulsion répond à une autre question : qu’est-ce qui se met réellement en mouvement en moi ? »

Pulsion et morale : deux mouvements parfois contradictoires

La pulsion ne correspond pas uniquement à une envie formulée consciemment.

Elle concerne aussi ce qui se passe en nous : attraction, recul, proximité, curiosité, tension, ouverture ou fermeture.

Une personne peut donc ressentir une attraction tout en estimant moralement qu’elle ne devrait pas la ressentir.

Elle peut rechercher quelque chose tout en refusant intérieurement ce que ce mouvement pourrait engager.

À l’inverse, quelqu’un peut avoir une morale très ouverte concernant ses limites, sa compréhension du monde ou des autres, tout en ayant une approche et des choix beaucoup plus restreints et contraints que ce qu'il n'y parait.

Dans les deux cas, la représentation consciente et la structure réelle ne racontent pas exactement la même chose.

C’est cette discordance qui brouille les cartes.

Notre rapport à l’autorité intérieure

Cette question touche directement à l’autonomie.

Dire ce que nous voulons est une chose.

Être suffisamment relié à soi pour que nos choix, nos comportements et nos limites puissent s’organiser autour de ce que nous voulons en est une autre.

Une limite exprimée appartient à cette autorité. Mais l’autorité intérieure concerne aussi la capacité à reconnaître ce qui nous convient, ce qui ne nous convient pas, et à laisser cette information prendre une place réelle dans notre manière de vivre.

C’est ici que l’intimité prend un autre sens : elle concerne d’abord le degré de proximité que nous entretenons avec notre propre réalité.

Il peut exister une zone d’ambiguïté entre ce que nous formulons, ce que nous ressentons, ce que nous désirons et ce que nous engageons réellement dans notre vie.

Cette ambiguïté ne signifie pas nécessairement qu’un niveau est vrai et que l’autre est faux.

Elle peut simplement révéler que plusieurs mouvements contradictoires existent simultanément en nous.

« Nous ne sommes pas toujours divisés entre un vrai désir et un faux désir. Nous pouvons être traversés par plusieurs mouvements qui ne savent pas encore vivre ensemble. »

Quand le regard extérieur devient une morale intérieure

Une partie de cette contradiction peut venir d’un regard extérieur devenu intérieur.

Même adulte, nous pouvons continuer à organiser inconsciemment certains choix autour de questions comme :

Que penserait-on de moi ?
Est-ce acceptable ?
Est-ce que je devrais faire cela ?

Le regard parental, familial ou social n’a alors plus besoin d’être physiquement présent puisqu’il est devenu une norme interne.

La difficulté apparaît lorsque cette morale ancienne continue à organiser une individualité devenue adulte.

Le désir évolue.
L’expérience évolue.
Nos possibilités évoluent.

Mais certaines règles structurelles peuvent rester exactement au même endroit.

Nous ne répondons alors plus nécessairement à ce qui existe aujourd’hui, mais à une grille construite auparavant pour déterminer ce qui pouvait ou non être accepté ou être acceptable.

Trouver une cohérence plutôt qu’une règle

L’enjeu n’est donc pas de supprimer la morale ni de suivre toutes ses pulsions.

Une pulsion n’est pas un ordre.

Et une morale n’est pas nécessairement une prison.

Le problème apparaît lorsqu’elles cessent de communiquer.

Lorsque l’expérience avance pendant que le juge condamne.

Lorsque le mental autorise alors que la réalité se ferme.

Lorsque ce que nous pensons, ressentons et faisons devient difficile à relier.

Le chemin consiste alors à remettre ces différentes dimensions en relation.

Qu’est-ce que je désire réellement ?
Qu’est-ce que je refuse réellement ?
Qu’est-ce qui appartient à mon expérience ?
Qu’est-ce qui appartient encore au regard des autres ?
Qu’est-ce qui relève du désir et qu’est-ce qui relève du jugement ?

« L’autonomie commence lorsque notre expérience cesse d’être une preuve à fournir et devient une information à intégrer. »

Devenir sa propre référence

Le véritable enjeu est finalement celui de l’autorité personnelle.

Tant que nous observons notre vie comme s’il fallait l’expliquer ou la justifier à quelqu’un, nous restons partiellement extérieurs à nous-mêmes.

Lorsque cette autorité revient progressivement à l’intérieur, quelque chose change.

Nous pouvons reconnaître un désir sans devoir nécessairement le suivre.

Reconnaître une limite sans devoir la justifier.

Et surtout commencer à distinguer ce que nous voulons réellement de ce que nous avons appris à considérer comme acceptable.

La connaissance de soi devient alors moins une enquête qu’une expérience.

Et l’intimité avec soi commence peut-être précisément là : lorsque nous cessons de chercher uniquement ce que nous devrions vouloir, pour commencer à reconnaître ce qui se met réellement en mouvement en nous.

 

 

Devenir sa propre référence, c’est cesser de demander à une règle extérieure de définir ce que notre expérience nous apprend déjà.

Carine Allain

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