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ALLAIN Carine

ALLAIN Carine

Co-fondatrice de ACTE et SENS. Auteure et Clairvoyante.


Libre arbitre contextuel : quand nos choix passés deviennent nos limites

Publié par Carine Allain sur 1 Septembre 2026, 04:22am

« On n’atterrit pas simplement quelque part : on chemine, on fait des choix, puis on fini par oublier qu’on les a faits. »
— Carine Allain

Beaucoup de personnes qui traversent une période de doute — professionnelle, relationnelle ou existentielle — finissent par formuler une même impression : « Je n’ai pas choisi ma vie, je m’y suis retrouvé. »

Cette croyance, en apparence anodine, peut révéler une organisation inconsciente précise. Et c’est justement parce qu’elle repose sur une structure qu’elle peut être comprise, puis transformée.

Pourquoi on a l’impression de subir sa vie plutôt que de la choisir

Quand une personne dit souffrir « de sa vie », elle désigne rarement une seule cause. Est-ce le travail, le couple, le lieu où elle vit, le rythme qu’elle s’impose, la place qu’elle occupe ?

Tant que ce tri n’est pas fait, le système peut regrouper l’ensemble de l’expérience en un seul bloc : « tout est mauvais », « je suis enfermé ». Or, lorsqu’une situation est vécue comme un ensemble indivisible, les possibilités d’action se réduisent elles aussi.

C’est ici qu’intervient une distinction essentielle entre le libre arbitre de choix, plus complexe à saisir dans sa globalité, et le libre arbitre contextuel, qui offre un levier plus directement accessible : commencer par identifier précisément ce qui, dans une situation donnée, convient encore ou ne convient plus.

La question n’est donc pas « dois-je tout changer ? », mais plutôt : « Qu’est-ce qui, ici, me convient encore, et qu’est-ce qui ne me convient plus ? »

« Le libre arbitre se retrouve dans chaque pas que l’on reconnaît comme étant le sien. »
— Carine Allain

Quand on confond le contexte et l’expérience entière

Imaginez une personne partie en balade en mer qui, en rentrant, résume toute la sortie par : « je me suis retrouvé enfermé sur ce bateau, tout s’est mal passé ».

En regardant plus précisément l’expérience, on découvre parfois que ce qui n’a pas plu n’était pas le bateau lui-même, mais le fait de ne jamais avoir pris la barre. La frustration ne concernait donc pas nécessairement l’ensemble de l’expérience, mais la place occupée à l’intérieur de celle-ci.

C’est exactement ce qui peut se produire lorsque le système ne parvient plus à trier les différents éléments d’une expérience : il les regroupe dans un même bloc et construit une sensation globale d’enfermement.

Un métier devient mauvais, une relation devient mauvaise, un lieu devient mauvais, parfois jusqu’à donner l’impression que toute la vie ne convient plus.

Alors que ce qui demande réellement à bouger peut être beaucoup plus précis.

Ce que révèlent vraiment nos trajectoires de vie

Un grand nombre de trajectoires — professionnelles, amoureuses, familiales ou sociales — se construisent par élimination autant que par choix actif.

On retient ce qui est accessible, ce qui rassure, ce qui semble efficace ou ce qui demande moins d’effort pour parvenir au résultat recherché. Ce mécanisme est profondément humain : nos systèmes cherchent naturellement à économiser de l’énergie et à trouver un chemin suffisamment efficace pour s’adapter.

La société renforce cette organisation en introduisant une autre logique : celle de la rentabilité. Très tôt, ce qui permet d’être efficace, autonome et productif est valorisé, tandis que le plaisir ou l’exploration peuvent être considérés comme secondaires lorsqu’ils ne répondent pas immédiatement à cette exigence.

Des années plus tard, cette construction peut être relue ainsi : « je n’ai rien choisi, tout m’est tombé dessus ».

Or un chemin construit par élimination reste un chemin construit à travers des choix. À chaque étape, une décision a été prise avec les possibilités, les contraintes et la compréhension disponibles à ce moment-là.

Les cartes que nous avions en main

L’image du poker permet de comprendre ce mécanisme avec précision.

Nous avançons avec certaines cartes : notre éducation, nos apprentissages, nos compétences, nos besoins de sécurité, les attentes familiales ou sociales auxquelles nous avons appris à répondre, ainsi que les possibilités présentes dans notre environnement.

Nous jouons alors avec ces cartes pour obtenir quelque chose : de la sécurité, de l’autonomie, une place ou une capacité à fonctionner correctement dans notre environnement.

Et lorsque « gagner sa vie » a été profondément associé à une nécessité de survie, la partie ne se joue plus simplement pour réussir : le système peut la vivre comme s’il fallait impérativement gagner pour rester en sécurité.

Le problème n’est donc pas d’avoir joué cette partie. Le problème apparaît lorsque nous oublions que nous avons participé au jeu et que nous considérons ensuite le résultat comme quelque chose qui nous serait simplement arrivé.

« Le problème n’est pas d’avoir joué avec les cartes que nous avions. Il commence lorsque nous oublions que nous les avions en main. »
— Carine Allain

Reconnaître cela ne revient pas à dire que tout dépendait de nous, ni que tous nos choix étaient pleinement conscients. Cela permet simplement de réintégrer une part de participation là où le système ne percevait plus que de la contrainte.

Si une stratégie a fonctionné pendant des années mais qu’elle ne convient plus, il n’est pas nécessaire de renier toute la partie précédente. On peut comprendre ce qu’elle a permis de construire, puis décider de ne plus jouer de la même manière.

On peut changer de stratégie, changer de table, parfois même changer de jeu.

Mais tant que nous renions complètement le fait d’avoir participé à la partie précédente, nous risquons surtout de passer d’une table à une autre en rejouant la même logique de survie.

Croire en un destin ou reprendre la main

Une autre organisation inconsciente fréquente consiste à externaliser une partie de la responsabilité de ses choix vers une instance extérieure : le destin, la chance, une force supérieure ou simplement « ce qui devait arriver ».

Cette croyance n’est pas problématique en elle-même. Il est parfaitement possible de considérer qu’une part de l’existence nous dépasse tout en continuant à agir.

La difficulté apparaît lorsque cette représentation commence à remplacer le choix : lorsqu’on attend qu’un signe valide une direction, qu’une rencontre confirme une voie ou qu’un événement décide à notre place.

« Reconnaître qu’une part de l’existence nous dépasse n’oblige pas à lui abandonner les choix qui nous appartiennent. »
— Carine Allain

À l’inverse, renoncer à l’idée d’un destin demande également de questionner l’idée qu’il existerait des voies naturellement « faites pour nous » et d’autres qui ne le seraient pas.

Entre ces deux représentations existe un espace beaucoup plus concret : ce qui nous attire, ce que nous choisissons d’explorer et ce que nous sommes prêts à apprendre pour y parvenir.

Accepter qu’il existe une part d’inconnu ne signifie donc pas renoncer à choisir. Ce que nous ne savons pas encore n’est pas nécessairement un signe d’incapacité. C’est parfois simplement quelque chose que nous n’avons pas encore exploré.

Retrouver du mouvement sans tout casser

Lorsqu’un système s’est construit fortement autour de la sécurité, changer de cap ne demande pas nécessairement de tout détruire immédiatement.

Une rupture trop brutale peut au contraire réactiver les mécanismes de survie qui avaient organisé les choix précédents et conduire la personne à reproduire ce qu’elle cherchait justement à quitter.

Il peut alors être plus juste de distinguer ce qui doit réellement changer.

Parfois, c’est le contexte qui ne convient plus alors que l’activité reste juste. Dans d’autres situations, les compétences déjà acquises peuvent être utilisées autrement. Une nouvelle voie peut aussi être explorée progressivement, parallèlement à ce qui assure encore la sécurité du système.

L’enjeu n’est pas de maintenir l’existant à tout prix, mais de remettre du mouvement sans replacer immédiatement l’ensemble de la structure en survie.

Une situation peut en effet être à l’équilibre tout en devenant enfermante simplement parce qu’elle est devenue trop statique et qu’elle ne permet plus suffisamment d’évolution.

« Un système peut être à l’équilibre et pourtant devenir enfermant lorsqu’il n’y a plus suffisamment de mouvement. »
— Carine Allain

Sortir de la logique du « fait pour moi »

Une autre forme d’immobilité consiste à attendre de découvrir ce qui serait naturellement « fait pour nous » : une vocation, un signe, une évidence ou un don.

Mais beaucoup de capacités relèvent avant tout de l’apprentissage.

Une personne peut avoir un naturel dans un domaine et devoir malgré tout le travailler. À l’inverse, elle peut ne pas avoir cette facilité initiale et décider pourtant d’apprendre ce qui lui manque.

La question devient alors moins : « Est-ce que je suis fait pour cela ? » que : « Est-ce que j’ai envie de l’explorer et d’apprendre ce qui me manque pour y aller ? »

Cette différence est essentielle, car elle fait passer d’une logique d’attente à une logique d’expérience et d’apprentissage.

« Avoir un naturel pour quelque chose ne dispense pas de l’apprendre. Ne pas avoir ce naturel n’interdit pas de le développer. »
— Carine Allain

Ce que nous appelons parfois « se planter » correspond souvent à une zone dans laquelle nous sommes simplement en train d’apprendre. Un adulte continue d’apprendre, y compris lorsqu’il explore une direction nouvelle.

L’essentiel à retenir

Le sentiment de subir sa vie ne signifie pas nécessairement que les choix précédents étaient mauvais.

Une stratégie peut avoir parfaitement répondu à une période donnée, puis devenir limitante lorsqu’elle continue à fonctionner sans permettre suffisamment d’évolution.

Retrouver du libre arbitre ne consiste donc pas à effacer ce qui a été construit, ni à considérer qu’il faudrait tout recommencer autrement.

Il s’agit d’abord de retrouver du tri : comprendre ce qui fonctionne encore, identifier ce qui ne convient plus, reconnaître les choix et les adaptations qui ont construit la trajectoire, puis recommencer à choisir depuis la réalité actuelle.

Le libre arbitre ne consiste pas à effacer ce qui a été construit. Il consiste à remettre du choix là où le système s’est stabilisé au point de devenir enfermant, afin de retrouver du mouvement sans revenir à une logique de survie.

Pour aller plus loin
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Actualités Acte&Sens

 

Poser son libre arbitre, c’est reconnaître le chemin déjà parcouru pour choisir le pas d'après.

Carine Allain

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